Interview croisée
De Dekla à la retraite : interview avec Bruno Sutre
Premier utilisateur du logiciel à l'époque où il s'appelait encore Dekla, Bruno Sutre a suivi 34 ans de carrière jusqu'à la liquidation de sa retraite.
28 septembre 2026
4 min de lecture
LG
Laurent Gleizes
iPresta
BS
Bruno Sutre
Ex-intermittent, retraité
Avec Bruno Sutre, l'histoire remonte aux tout débuts d'iPresta, à l'époque où le service s'appelait encore Dekla. En 2003, Bruno reçoit un e-mail proposant ce logiciel naissant, pensé pour la gestion administrative des intermittents du spectacle. Il en devient l'un des tout premiers utilisateurs. Pendant plusieurs années, nous avons énormément échangé sur les protocoles de calcul, jusqu'à nous rencontrer en présentiel à La Rochelle dans les années 2010. Aujourd'hui jeune retraité depuis 2024, Bruno a traversé une carrière de 34 ans, du papier-crayon aux tableaux Excel, jusqu'au bout du parcours administratif : la liquidation de sa retraite.

Partie 1
Du papier-crayon à l'Atari : apprivoiser la paperasserie
LG
Laurent Gleizes
Bruno, ça fait des années qu'on échange, depuis l'époque de Dekla. Peux-tu nous raconter comment tu gérais ta carrière à tes débuts, en 1990 ?
BS
Bruno Sutre · Ex-intermittent, retraité
En 1990, l'année où j'ai déposé mon premier dossier, un employeur occasionnel devait remettre au salarié quatre documents : la vignette URSSAF, la feuille de Griss pour la retraite complémentaire, l'attestation d'emploi ASSEDIC, et l'attestation de Congés Spectacles. Pour les sociétés de production ou les agences, c'était un peu différent : un bulletin de salaire, une AEM et l'attestation de congés étaient remis au salarié.
C'était une paperasserie importante à gérer. Et comme, très souvent, la vignette, la feuille de Griss ou l'attestation de congés manquaient à l'appel, il fallait consciencieusement pointer tout ça dans des tableaux, au crayon-papier, et suivre la remise de documents qui pouvaient mettre du temps à arriver, ou ne jamais arriver du tout.
LG
Laurent Gleizes
Et comment as-tu essayé de sortir de ce système tout papier ?
BS
Bruno Sutre · Ex-intermittent, retraité
En 1992, j'ai eu accès à un Atari. Avec un ami développeur, on a lancé un petit logiciel qui gérait l'ensemble : on pointait les éléments manquants, on faisait les totaux par mois et par année, ce qui était bien pratique pour les impôts. C'était un début, et on a même eu droit à un article dans Keyboard Magazine.
En 1995, l'Atari a disparu, remplacé par Windows 95. Je suis passé à un tableau Excel : on pouvait additionner les colonnes et pointer ce qui manquait. Pas mal, mais très insuffisant. Les fonctionnalités que j'avais en tête n'étaient pas accessibles.
En 2000, la mise en place du GUSO a apporté une grosse simplification administrative. Dans mon esprit, c'était déjà mieux, mais il manquait encore un outil sérieux d'archivage, de prévision et de bilans. À l'époque, il n'y avait rien en ligne côté Pôle Emploi.
Partie 2
2005 : la rencontre avec Dekla, devenu iPresta
LG
Laurent Gleizes
C'est là qu'on s'est rencontrés, en 2005 ?
BS
Bruno Sutre · Ex-intermittent, retraité
Oui. J'ai reçu un mail d'un certain « Laurent Gleizes » qui proposait un logiciel sur PC nommé Dekla, qui deviendra iPresta. Ça sentait bon, et tu as été très à l'écoute de mon expérience pour peaufiner un outil qui allait devenir indispensable à la gestion de la suite de ma carrière.
Entre 2004 et 2023, j'ai archivé plus de 1 300 dates avec iPresta, sans aucun bug ni problème d'utilisation. Vingt renouvellements de dossier auprès de Pôle Emploi spectacle, ou de l'Assedic, comme on disait à l'époque. Le cumul des heures, le calcul de l'indemnité journalière, le calcul des franchises : tout est là. Pour les impôts, les frais réels sont calculés chaque année en un clic, et les estimations de congés spectacle sont exactes au centime près.
Un autre avantage, non négligeable, a souvent fait mouche : beaucoup plus de crédibilité auprès des banques, dans le cadre de demandes de prêts par exemple.
« Entre 2004 et 2023, j'ai archivé plus de 1 300 dates avec iPresta, sans aucun bug ni problème d'utilisation. »
Bruno Sutre, ancien intermittent du spectacle

Partie 3
Le passage à la retraite
BS
Bruno Sutre
Laurent, tu le sais, on a beaucoup échangé sur les protocoles à l'époque. Mais pour un intermittent qui approche de la retraite, à quel moment faut-il commencer à s'en préoccuper vraiment ?
LG
Laurent Gleizes · iPresta
Beaucoup plus tôt qu'on ne le pense, en réalité. Le régime de l'intermittence prévoit un maintien de l'allocation au-delà de la date anniversaire de droits, jusqu'à la liquidation de la retraite, sans jamais dépasser 67 ans. Mais ce maintien est soumis à deux conditions cumulatives : une condition d'âge, qui recule progressivement de 62 à 64 ans selon l'année de naissance, et une condition de carrière. Soit 100 trimestres validés par l'assurance vieillesse, soit 9 000 heures de travail au titre des annexes 8 ou 10. Ces 9 000 heures, ça se construit sur toute une carrière, en comptant aussi les Congés Spectacles assimilés à raison de 8 heures par jour en annexe 8 ou 12 heures par jour en annexe 10. Si on ne suit pas ce compteur au fil des années, on découvre la question beaucoup trop tard, au moment où elle devient urgente.
LG
Laurent Gleizes
Toi qui es passé par cette étape en 2024, qu'est-ce que tu as observé lors de tes rendez-vous avec la CARSAT ou l'ARGIC ARCO ?
BS
Bruno Sutre · Ex-intermittent, retraité
À chaque rendez-vous, le ou la gestionnaire qui me recevait me demandait systématiquement d'où sortaient mes listings et mes bilans. Et d'expérience, arriver avec un dossier propre simplifie largement la prise en charge d'une carrière qui peut compter jusqu'à mille employeurs. En fin de carrière, iPresta devient un outil redoutable pour comparer les listings qu'il génère avec ceux des différentes caisses de retraite.
LG
Laurent Gleizes
Avec le recul de tes 34 ans de carrière, quels conseils donnerais-tu à un intermittent qui prépare sa retraite ?
BS
Bruno Sutre · Ex-intermittent, retraité
J'en retiens surtout deux règles.
La première : tout garder. Les versements de Pôle Emploi spectacle, les pointages, les AEM, etc. Il arrive souvent, notamment sur les débuts de carrière, avant l'ère du tout numérique, que des informations de paiement Assedic ou de congés spectacles ne soient pas transmises aux différentes caisses de retraite.
La seconde : préparer sa retraite en anticipant les premiers rendez-vous CARSAT d'au moins deux ans. Les dossiers d'intermittents sont lourds et longs à étudier ; anticiper, c'est minimiser le risque de régularisations ultérieures, qui peuvent générer des trop-perçus très importants. Et à ce sujet, il faut aussi penser à bien se faire expliquer le minimum contributif lors du premier rendez-vous.
Témoignage
Pourquoi iPresta ?
LG
Laurent Gleizes
Bruno, en une phrase, qu'est-ce que représente iPresta après toutes ces années ?
BS
Bruno Sutre · Ex-intermittent, retraité
Du papier-crayon-gomme à iPresta, voilà la paperasse story d'un intermittent du spectacle sur une période de 34 ans. Vingt ans d'utilisation sans aucun bug, une carrière entièrement archivée, et un outil qui m'a donné plus de crédibilité auprès des banques et une vraie tranquillité d'esprit au moment de faire valoir mes droits à la retraite.
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Cet article a été préparé avec Bruno Sutre, ancien intermittent du spectacle et tout premier utilisateur d'iPresta.
