Interview croisée
Chef d'orchestre de variété : interview avec Stéphane Biamont
Diriger une formation qui dure plus de 35 ans, c'est autant une question de justesse artistique que de rigueur administrative.
16 septembre 2026
3 min de lecture
LG
Laurent Gleizes
iPresta
SB
Stéphane Biamont
Sortie De Secours
Avec Stéphane Biamont, on se connaît depuis le début des années 2000 : nousa vons chacun tourné dans le sud de la France avec notre propre formation, à écumer les mêmes salles et les mêmes scènes. Depuis 1989, Stéphane dirige Sortie De Secours, un orchestre devenu une référence dans le Sud de la France, capable de tourner aussi bien en formule grand concert à 15 musiciens qu'en format clubbing à 9 (Exit 2.1). Un parcours de plus de 35 ans qui l'a mené du pupitre à la co-gérance de la structure, sans jamais, insiste-t-il, changer sa nature d'artiste musicien salarié.
Partie 1
Diriger une formation, artistiquement et humainement
LG
Laurent Gleizes
Stéphane, Sortie De Secours existe depuis longtemps et s'est fait une vraie place dans le milieu. Comment est né le groupe, et comment es-tu passé de musicien à chef d'orchestre associé ?
SB
Stéphane Biamont · Sortie De Secours
Sortie De Secours est né en 1989. Au départ, c'était une bande de copains musiciens animés par la même envie de faire de la scène. Au fil des années, la formation s'est structurée jusqu'à devenir un orchestre majeur dans le Sud de la France, capable de tourner aujourd'hui sous deux formats : une formule grand concert à 15 éléments sur scène, et un format clubbing à 9 éléments (Exit 2.1).
Pour ma part, passer du pupitre de musicien à la direction et la co-gérance de l'orchestre s'est fait naturellement pour accompagner cette montée en puissance. Cela implique une double casquette : maintenir l'exigence artistique sur les répétitions et la scène, tout en assurant l'exécutif au quotidien. Des négociations de contrats avec les collectivités jusqu'à la gestion humaine et logistique de l'équipe.
LG
Laurent Gleizes
Diriger une formation, ce n'est pas seulement battre la mesure : il faut aussi composer un casting de musiciens fiables, gérer les plannings, parfois les tensions. Qu'est-ce qui fait, selon toi, la différence entre une formation qui tient dans la durée et une qui s'essouffle ?
SB
Stéphane Biamont · Sortie De Secours
La rigueur, l'innovation et le respect des équipes. Une formation d'ampleur exige une organisation au cordeau : des plannings anticipés, du matériel de pointe (réseau audio AES50, régie son et lumière dédiée) et une transparence totale sur le cadre de travail et la rémunération.
Pour durer depuis plus de 35 ans, il faut aussi savoir se renouveler. Nous avons par exemple développé un concept de concert interactif où le public vote en direct via un QR code pour choisir les morceaux du setlist. Mais au-delà de la technique et des idées, ce qui fait qu'un groupe traverse les décennies sans s'épuiser, c'est l'humain : la fiabilité de chacun, le respect mutuel et la cohésion sur la route comme sur scène.

Partie 2
Chef d'orchestre ou producteur : une distinction essentielle
SB
Stéphane Biamont
Laurent, il y a une vraie confusion chez beaucoup de gens entre chef d'orchestre de variété et producteur. Comment le régime de l'intermittence traite cette distinction ?
LG
Laurent Gleizes · iPresta
Même si diriger un orchestre du soir au matin peut donner l'impression d'être « aux commandes », légalement, un chef d'orchestre de variété reste un artiste-interprète, salarié pour chaque date par la structure qui produit le concert. Collectivité, salle, tourneur, ou sa propre structure quand c'est elle qui porte la production. C'est cette structure qui est l'employeur : elle établit les contrats de travail, déclare les salaires, transmet les bulletins de paie. Le chef d'orchestre, lui, reste un demandeur d'emploi entre deux dates, avec un cachet compté à 12 heures comme n'importe quel artiste de l'annexe 10. Le producteur, à l'inverse, est de l'autre côté de la table : c'est lui qui porte les obligations d'employeur. Diriger artistiquement une formation ne change rien à ce lien de subordination.
SB
Stéphane Biamont
Concrètement, quand c'est moi qui négocie le contrat avec une collectivité ou une salle, comment ça se traduit derrière en cachet pour moi ?
LG
Laurent Gleizes · iPresta
Le fait que tu portes la négociation ne fait pas de toi l'employeur de la date : c'est la structure qui produit le concert qui reste responsable du contrat de travail et de la paie, la tienne comme celle des autres musiciens. Ton rôle de négociateur et ton rôle de salarié restent deux choses distinctes, même si dans les faits c'est toi qui les portes tous les deux. Ce qui compte pour toi, c'est de bien faire remonter ton propre cachet, celui que tu perçois en tant qu'artiste sur cette date précise, dans le suivi de tes droits, indépendamment de la casquette de négociateur que tu as pu endosser en amont.
Partie 3
L'erreur numéro un qui freine une carrière
Si tu devais résumer l'erreur numéro un qui freine une formation ou une carrière de chef d'orchestre, quelle serait-elle ?
SB
Stéphane Biamont · Sortie De Secours
Séparer le travail artistique du cadre administratif et juridique. Penser qu'il suffit d'avoir un bon show pour que le reste tourne tout seul est une illusion. Si les contrats de travail, les déclarations d'intermittence, le matériel ou la logistique sont gérés à l'arrache, cela finit par créer des tensions internes et fragiliser toute la structure.
L'autre piège pour un chef d'orchestre qui est lui-même artiste salarié voire intermittent, c'est la confusion des rôles : il faut être irréprochable dans la gestion des cachets de ses musiciens et techniciens, tout en gardant un œil strict sur le suivi de ses propres heures et de ses ouvertures de droits. L'exigence doit être la même sur scène que dans l'administration. Comme tu le précises plus haut, il y a une distinction entre le chef d'orchestre artiste musicien et un producteur.
LG
Laurent Gleizes · iPresta
Exactement ce que dit Stéphane, vu de mon côté : confondre la gestion artistique et le cadre administratif, en pensant qu'un bon show suffit à faire tourner le reste tout seul. Et le piège symétrique, côté droits personnels : bien suivre les cachets de toute l'équipe et perdre de vue les siens propres, au milieu de la gestion d'une tournée.
« Il faut être irréprochable dans la gestion des cachets de ses musiciens, tout en gardant un œil strict sur le suivi de ses propres droits. »
Stéphane Biamont, Sortie De Secours
Découvrir iPresta Pro
iPresta Pro centralise vos contrats, convertit automatiquement vos cachets en heures, et vous alerte avant votre date anniversaire de droits — même quand votre agenda est aussi rempli de tournées que de paperasse.
14,90 €/an, soit 1,24 €/mois
Cet article a été préparé avec Stéphane Biamont, chef d'orchestre de Sortie De Secours.

